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18/01/2010

Mon Mr Nobody

mr nobody affiche.jpgHier j'ai vu Mr Nobody, et c'est ébouriffant, définitivement.

C'est une histoire juste entre l'Antigone d'Anouilh, un conte de fée dramatique et fataliste qui se jouerait dans la tête d'un enfant de 9 ans , et le film le plus barré que l'on pourrait imaginer.

Il y est surtout question de choix.
De chemins. Et comme dit Nemo Nobody lui-même de haut de ses presque 120 ans "every path is the right path"...

Il y est question de ne se fermer aucune porte, de ne rater aucune vie en ne choisissant pas. Le choix est présenté comme un renoncement à tout ce qui n'est pas choisi plutôt qu'une mise en lumière de ce qui est choisi, mais en relisant cette phrase je m'aperçois qu'elle est bien trop #trentenairerelated.
...

mrnobody22.jpg
Ceci explique cela.

 

mrnobody02_resize.jpg

Servie par un casting impeccable, la coproduction belge/canadienne/française déroule toutes les vies possibles de ce petit Nemo confronté à 9 ans au choix impossible : rester avec son père ou partir avec sa mère. Ce choix est pourtant le premier d'une longue série que le jeune Nemo refusera obstinément de faire. Ne pas choisir c'est ne pas grandir aussi je crois. C'est confusément ce qui m'a fait connecter le film avec l'Antigone de mes études littéraires.

"Créon : Chacun de nous a un jour, plus ou moins triste, plus ou moins lointain, où il doit enfin accepter d'être un homme.(...)
Antigone : Pauvre Créon ! Avec mes ongles cassés et pleins de terre et les bleus que tes gardes m'ont faits aux bras, avec ma peur qui me tord le ventre, moi je suis reine. (...) Vous me dégoûtez tous avec votre bonheur ! Avec votre vie qu'il faut aimer coûte que coûte... Moi, je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier, ou alors je refuse! Je ne veux pas être modeste , moi, et de me contenter d'un petit morceau, si j'ai été bien sage."

Après, si on laisse de côté les références et les résonnances personnelles que le film fait surgir (en moi en l'occurence puisqu'il s'agit de ma critique bien sûr)(on le sait, toute critique est subjective, mais ça va toujours mieux en le disant) ; on se laisse porter par ces tranches de vies emmêlées, démêlées, rejouées, distordues, on se laisse égarer au gré des digressions, on regarde grandir Nemo et les 3 filles de sa vies, on voit vieillir ses parents, on traque les repères esthétisants laissés par le réalisateur pour deviner à la première image sur quelle vie on vient d'atterrir. On sait avant de le voir qui est représentée par le rouge, qui le jaune, qui le bleu. On saisit les perches narratives des éléments de décor dont on sent qu'ils ont une symbolique voulue comme la kickers bleue de Nemo sur le quai de la gare...

02491966-photo-mr-nobody.jpg

J'en ai déjà trop dit. Je sais.
Je spoile sans doute plus que je ne le voudrais. Mais il se trouve qu'en sortant de la salle hier, en laissant l'escalator me hisser à la hauteur des jardins des halles, je ne savais pas quoi penser de ce film à la BO entêtante comme j'aime. Mes premiers mots ont été "qu'est ce qu'ils sont beaux". Et c'est vrai. Tellement. Jared Leto est lumineux, tour à tour abimé, sublimé, malmené, il irradie (pour le plaisir des yeux, regarde la galerie flickr d'une fan pour la présentation du film à la Mostra de Venise). Mais surtout j'étais partagée, entre les images sublimes et la consitance évidente de certaines scènes contre d'autres sans intérêt voir juste pas à la hauteur. Je ne savais pas dire si j'avais aimé...

En dehors des acteurs je veux dire, au passage, je salue la performance des directeurs de casting et des acteurs choisis. On retrouve Rhys Ifan abonné des pages people pour son "amitié" avec Sienna Miller et figurant honorable de mon classement personnel des seconds rôles qui marquent pour sa prestation inoubliable en roomate improbable de Hugh Grant dans Coup de Foudre à Notting Hill, et plus récemment pour son personnage énigmatique dans le cultissime Good Morning England. J'ai découvert Natasha Little, avec ses faux airs de Julianne Moore, elle est la présence maternelle que l'on voudrait structurante mais non. J'ai halluciné sur Juno Temple sublime sous toutes les coutures en brune, jouant une jeune fille de 15 ans ensorcelante et envoutante. J'ai admiré Diane Kruger en brune également, elle gagne tant à assombrir ses cheveux, elle qui est déjà très jolie en blonde. J'ai aperçu Pascal Duquenne, le comédien du Huitième Jour de Van Dormael. J'ai frissonné devant une vision du futur qui ne donne pas envie de se presser d'arriver. J'ai noté sur ma liste de griefs contre mes parents de bien leur redemander où ils ont merdé pour ne pas me faire des yeux bleus à moi aussi, tellement tous les yeux bleus du film sont à tomber raide. Toussa quoi.

 

les enfants nobody.jpg

J'ai essayé de démêler le vrai du faux, la réalité du fantasme, d'exercer mes sens cartésiens sur cette équation compliquée, de trouver des prises pour y accrocher mes repères de presqu'adulte. J'ai voulu choisir pour Nemo, parfois aussi.

Jared Leto dit du personnage qu'il incarne

"Mr. Nobody est tout le monde et personne à la fois.
Une illusion. Le fruit de rêves.
Il représente à la fois l’amour, l’espoir, la peur, la vie et la mort."

Et je suis d'accord avec lui. J'ajouterai que Mr Nobody est en chacun de nous l'enfant qui n'a pas choisi, ce jour-là, qui n'a pas saisi cette main-là, et qui n'a pas vraiment grandi depuis...
Aujourd'hui, en repensant au film et à ce que je pourrai t'en dire ici, il ne me reste que le très bon, j'ai (déjà) rangé les choses. Les passages en dessous des autres je les ai oubliés. Et même si je lui ai apporté la patine de l'adultie, même un peu, même par touche, je suis très contente d'avoir vu ce film. Vraiment.

Pour la peine, je vais laisser les mots de la fin à Jaco van Dormael, réalisateur de ce film décidément touchant.

"C’est un film sur le doute… mais je peux me tromper."

 

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En savoir plus

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Commentaires

Jolie, très jolie critique. Envie de le voir, encore plus.

Écrit par : Florian | 18/01/2010

Pas tout lu, peur du spoilage. Envie de le voir rien qu'aux premières lignes !

Écrit par : L-tz | 19/01/2010

Florian, fonce c'est chouette. (merci aussi hein)

L-tz, j'ai essayé de pas trop spoiler, mais tu as raison, va le voir ;)

Écrit par : Mathilde | 19/01/2010

Oui, très belle critique. En fait, plus le temps passe et plus j'ai l'impression, comme une bombe à retardement, d'avoir assisté à un chef d'oeuvre. en tout cas, les films qui te font cogiter comme ca sur toi même sont rares. Bref, A VOIR et sans discussion !!

Écrit par : osmany | 20/01/2010

On est d'accord, on sait d'abord pas quoi en faire puis avec le temps, on bascule. Je suis à 2 doigts de retourner le voir...

Écrit par : Eric | 20/01/2010

Osmany, merci ;) et OUI il faut le voir. Indiscutablement.

Eric, je vais t'étonner, mais je suis d'accord (évidemment ^^). Je crois que le mieux ce serait de tripler la dose. C'est le plus sûr.

Écrit par : Mathilde | 20/01/2010

Exactement la même réaction en sortie de salle.
Nous étions 3 à l'avoir vu et avons decidé d'un commun accord de n'en parler que le lendemain.... voire un petit peu plus.
Presque impossible d'avoir un avis tranché et immuable à la fin de cette réalisation qui vous retourne.

Et quelques jours plus tard, les avis étaient tous dans le même sens, nous avions vu un "chef d'oeuvre à retardement"... un film que nous avons trouvé génial en le laissant agir 72heures ...
Les nuances entre les avis se nivelaient à l'aune des souvenirs que nous avions plus ou moins gardé des passages {un peu long} ou {un peu moins fort}.

Personnellement ils étaient effacés par tout le reste, et j'attends à présent impatiemment le 1er fevrier, date arrêtée pour la sortie de l'OST, afin de renouer avec l'ambiance du film.

Écrit par : Aerlas | 27/01/2010

Aerlas: on est donc bien d'accord. C'est fou cet effet a retardement, mais j'ai hâte de le revoir moi aussi et de replonger dans l'ambiance.

Écrit par : Mathilde | 08/02/2010

Il est clair que les scènes un peu en dessous du chef d'oeuvre sont clairement effacées par le génie de Jaco van Dormael.
Très bonne et critique et surtout très juste qui va me faire replonger dans l'univers de Némo Nobody dès demain!
Je signale tout de même au passage une bande son très spéciale, mais excellente.

Écrit par : Cotouf | 17/01/2011

Cotouf, il est sorti en DVD? J'avoue ne pas me souvenir de la bande son mais j'ai drôlement hâte de le revoir!

Écrit par : Mathilde | 30/01/2011

Enfin vu, sur tes conseils. Ce matin de bonne heure.
Je suis un peu... sous le choc. Le casting est impeccable, l'image magnifique. Mais le goût est ce matin terriblement amer. Disons que ça pique un peu, comme une blessure ouverte qu'on désinfecte.
Un film qui, je suis d'accord avec vous tous, demande un temps de réflexion mais qui me laisse déjà une trace profonde.

Écrit par : Erwan | 11/09/2011

En effet, j'ai vu ce film car je suis admirative (je n'aime pas le mot fan, trop connoté en ce qui le concerne) de la filmographie de Mr Leto. Et encore une fois j'ai été plongé dans un film qui m'a emporté... Mais en sortant de la salle le retour était brutal. J'ai aimé ou pas ce film ? Il me voulait quoi ce film ? J'ai compris quelque chose ou pas du tout ? J'ai tout décrypté ?

Bref un film qui est passé plutôt sous silence, je ne sais pas auxquels de mes amis le conseiller car je ne sais pas qui est le public visé.

Avec le recul, j'ai aimé ce film et j'en veux d'autres du genre !

Écrit par : Aurore | 14/12/2011

Les commentaires sont fermés.